Slay the Spire : dédales et des cartes

Les lecteurs fidèles à mon blog l’auront bien remarqué. Parmi les jeux indépendants que j’apprécie vous présenter, afin de leur permettre une meilleure mise en lumière, une catégorie emporte mon adhésion : bien sûr, il s’agit des rogue-like/lite. C’est simple : cela concernait mes trois derniers articles Jeux vidéo, n’hésitez pas à aller y jeter un œil si vous voulez en voir plus. En parallèle de cela, côté jeux de société, j’ai un énorme faible pour la mécanique de deck building, et à ce titre, je vous ai présentés Star Realms puis Clank!. Et encore, dans ma ludothèque figurent également Volfyirion, Shards of Infinity ou bien Saint Seiya Deck Building… Peut-être en parlerai-je aussi un jour ?

Il était donc plus que temps que je consacre quelques instants pour vous présenter Slay the Spire, un jeu vidéo indépendant, créé par MegaCrit, proposant la fusion entre un jeu de deck building et un rogue-lite. J’ai récemment pu le récupérer, grâce à un pack dédié aux jeux de société numériques proposé par le site Humble Bundle. Tiens, celui-ci contenait d’ailleurs la version vidéoludique de Terraforming Mars. Décidemment, il faudra vraiment qu’on en vienne à ce gros morceau. Pour l’heure toutefois, penchons-nous un peu sur ce jeu vidéo hybride, initiateur d’un sous-genre qui commence à faire des émules.

Dans Slay the Spire, le scénario s’avère des plus négligeables : lorsque vous lancez le jeu, vous êtes immédiatement jeté(e) dans la partie, sans mise en scène ni explication. Vous voici donc face à la carte du premier niveau : celle-ci présente les différents chemins qui s’ouvrent à vous, afin de traverser la zone jusqu’à arriver face au boss. Cette carte permet dans une certaine mesure de prévoir les salles qui jalonneront votre parcours, ainsi pourrez-vous choisir d’initier un combat classique, qui constituent la plus grande partie des salles. Mais vous pouvez également y voir la présence d’un marchand, de salles de repos, de combats d’élite, et surtout de salles marquées d’un point d’interrogation. Derrière celles-ci réside la plus grande inconnue du parcours : tomberez-vous sur un événement textuel positif ou négatif, un combat d’élite ou bien le marchand ? Impossible à savoir. Dans tous les cas, une fois la prochaine destination choisie, tous les autres embranchements précédemment accessibles disparaissent : on ne revient jamais en arrière dans ces dédales, pour le meilleur, et souvent pour le pire.

Ainsi allez-vous parcourir les 4 actes constituants le jeu afin de réaliser littéralement son titre : « Slay the Spire », soit « tuer la flèche », venir à bout de cette tour maudite dans laquelle votre personnage est empêtré. Pour cela, au début de chaque tentative, il faudra choisir celui avec lequel vous tenterez l’aventure. Initialement, un seul sera accessible, le soldat de fer. Au bout de quelques parties, la silencieuse et le défectueux vous ouvriront de nouvelles possibilités. Enfin, les développeurs ont ajouté au début de cette année un quatrième personnage jouable, le gardien. Sur ces derniers, le jeu n’explique quasiment rien, c’est à travers leur jouabilité que va se deviner leur personnalité. Et justement, il est plus que temps d’aborder le système de combat.

Slay the Spire propose des combats au tour par tour, où les cartes qui constituent votre paquet vont vous servir à effectuer vos attaques et défenses. Au début de chaque nouvelle partie, un deck de 10 cartes de base vous sera assigné, propre au personnage que vous avez décidé d’incarner. À chaque tour, vous en piocherez cinq. À vous de décider celles que vous souhaiterez utiliser afin de vous adapter au mieux à la situation. En effet, la plupart des cartes exigent un coût d’activation en mana, le plus souvent entre 1 et 2. Certaines sont gratuites, d’autre coûtent plus cher. Dans tous les cas, vous commencez avec une réserve de 3 manas par tour. En face, vos ennemis n’agiront qu’une fois votre tour terminé. Là où le jeu est bien pensé, c’est qu’il vous donne le maximum d’informations pour savoir ce qui vous attend. Ainsi il suffit de regarder l’indicateur sur la tête d’un ennemi, ou de placer la souris sur lui pour connaître le type d’action qu’il effectuera (attaque, défense, buff, débuff…), ou encore les avantages passifs dont il bénéficie.
L’ensemble de ces informations s’avère primordiale pour tirer au mieux parti de vos cartes. Comme dans tout jeu de deck building qui se respecte, une fois toutes vos cartes en défausse, celles-ci sont rebattues, pour vous permettre de les piocher de nouveau. Pour vous procurer de nouvelles cartes afin de compléter votre paquet, il existe deux méthodes : après chaque victoire, vous aurez quelques récompenses : de l’or, parfois une potion ou une nouvelle relique, ainsi qu’une nouvelle carte à ajouter à votre deck, parmi 3 aléatoirement disponibles. Rendez-vous chez le marchand, et vous pourrez également acheter de nouvelles cartes, reliques ou potions moyennant finance. Ce dernier vous offre également la possibilité à chacune de vos visites d’épurer votre deck en supprimant une de vos cartes, contre de l’or sonnant et trébuchant.

Car on retrouve dans ce jeu cette spécificité toute propre au deck building : il est primordial de trouver le meilleur équilibre dans la construction de son deck, de façon à ce qu’il tourne de la manière la plus optimale à chaque instant. Accumuler un nombre de cartes toujours plus élevé sans aucune harmonie ne mènera à rien, alors que se cantonner aux cartes de base plus quelques ajouts ne permettra pas non plus d’être suffisamment efficace en combat. Au joueur de trouver comment, à chaque partie, mettre en place les meilleures synergies entre les cartes qui vont petit à petit constituer son deck, sans oublier les reliques qui rejoindront sa collection au fil des salles, ajoutant de nouveaux effets passifs souvent non négligeables pour se simplifier la tâche. Quant aux salles de repos, elles permettront de récupérer quelques points de vie, ou alors d’améliorer une carte pour la rendre un peu plus puissante, ou bien moins consommatrice de mana.
L’ensemble de ces possibilités ne sera pas de trop, car comme tout bon rogue-lite qui se respecte, Slay the Spire s’avère compliqué. À moins d’être un joueur confirmé en terme de jeux de carte, particulièrement doué pour créer efficacement les meilleurs combos, vous allez mourir, de nombreuses fois, avant de parvenir à traverser les différents actes. Le jeu ne fait guère de cadeaux, les ennemis peuvent rapidement infliger de lourds dégâts, et bénéficient de défenses tout aussi efficaces, quand ils ne profitent pas d’effets encore plus retors. Ce qui en soit n’est pas trop gênant, puisque la plupart des parties seront différentes, que ce soit entre le choix de votre personnage, les cartes et objets qui s’offriront à vous, ou bien les événements aléatoires présents sur votre chemin. Si le nombre de carte conçu par les développeurs n’est pas illimité, le jeu offre suffisamment de variété pour permettre différentes stratégies avec le même personnage.
Sans compter que chacun dispose d’une jouabilité qui lui est véritablement propre. Par exemple, le soldat de fer peut se spécialiser dans des attaques très lourdes, de bonnes possibilités de défense, ainsi que le sacrifice de sa propre santé pour un renfort de puissance. La silencieuse se focalise elle sur trois aspects : le poison, la production de mana, et la pioche de cartes. Pour ce qui est du défectueux, celui-ci exploite tout un nouveau pan de gameplay qui lui est dédié, et dont je vous réserve le plaisir de la découverte.

Des points de vue graphiques et artistiques, on ne va pas se le cacher, c’est un peu moins le panard. Les animations sont assez minimalistes, et le design général, bien qu’il propose une identité assez marquée, grâce à son effet de peintures créant une ambiance sombre et glauque, s’appuie sur un trait relativement brouillon. J’oserais dire que cela manque d’élégance, de charisme. Bien sûr, l’intérêt du jeu ne réside pas là, mais on sent bien que le cœur du projet demeure le développement de son système de jeu, son décorum réduite à sa portion congrue.
Heureusement, Slay the Spire sait donc profiter intelligemment de son format. Bien sûr, il reste fondamentalement un jeu de cartes, mais les ennemis, leurs effets et pouvoirs sont très variés, certaines attaques feront apparaître dans votre deck des cartes supplémentaires le temps du combat qui vous obligeront à composer avec de nouveaux malus. Et surtout, il peut profiter pleinement des nombreuses possibilités offertes par l’aspect aléatoire inhérent au rogue-lite, ce qu’un jeu de société sur table aurait beaucoup plus de mal à mettre facilement en place.
Pour les puristes qui se demandent pourquoi je présente le jeu comme un rogue-lite, et non pas comme un rogue-like : tout simplement car au fil des parties, le jeu débloque de nouvelles cartes que vous pourrez potentiellement ajouter à votre paquet au détour d’une aventure. Cependant, en dehors de cela, et du déblocage des personnages supplémentaires, aucune aide permanente ne s’ajoutera afin de vous faciliter l’aventure, comme pouvaient le proposer Children of Morta ou bien Hades.

Slay the Spire offre une proposition ludique intéressante, mais qui ne s’adressera clairement pas à tout le monde. Pour pouvoir l’apprécier à sa juste valeur, il faut fondamentalement être amateur de jeux de carte exigeants, à l’aise avec la construction d’un paquet efficace, car le jeu ne prendra jamais le joueur par la main : il devra apprendre à la dure. Et si, au détour des événements, on récupère des bribes de lore nous permettant de mieux comprendre les tenants et aboutissants de cet univers, ce n’est clairement pas non plus de par son histoire et ses personnages qu’il saura tenir le joueur en haleine. Ici, la jouabilité est reine, à tous les joueurs qui s’aviseraient de pénétrer dans cette tour infernale, mieux vaut savoir où vous mettrez les pieds. En revanche, l’expérience en vaut la chandelle, en tant qu’excellent jeu vidéo de cartes pour joueurs solitaires.

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