On se fait une toile ? Un peuple et son roi

Aujourd’hui, parlons de nouveau cinéma ! J’aime bien de temps en temps aller voir un film historique, tout comme je suis très grand amateur de romans historiques qui mêlent la petite histoire à la grande, permettant de croiser de grandes figures aux côtés de personnages imaginés par leur auteur. Je trouve qu’il s’agit d’une méthode bien plus ludique de réviser ses leçons plutôt que simplement lire une biographie, généralement rébarbative et écrite de manière assez quelconque. Chercheur et conteur, clairement deux choses assez différentes.

Il y a quelques jours sortait le film français Un peuple et son roi, réalisé par Pierre Schoeller, précédemment responsable en 2011 de l’Exercice de l’état, traitant du monde de la politique contemporaine. N’ayant vu aucun autre film de ce réalisateur, je serais bien en mal de juger de son œuvre. Cantonons-nous donc à sa dernière création.

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Un peuple et son roi est la dernière tentative du cinéma français de parler d’une des périodes de notre pays les plus passionnantes, mais aussi les plus complexes : la Révolution française. Plus précisément, le film se déroule de la prise de la Bastille en 1789 à la mise à mort de Louis XVI (ci-devant roi de France, j’adore cette expression), inteprété par un Laurent Laffite assez figé : j’imagine que c’est une certaine façon de représenter un roi qui était trop timide pour sa charge et totalement dépassé par les événements d’alors.

Pour se faire, le réalisateur fait le choix d’un montage assez déroutant : la plupart des scènes (notamment pendant la première moitié du film) sont assez courtes, laissant à peine le temps de poser une situation, que nous passons déjà à la suivante. Ce qui est d’autant plus d’hommage que, bien souvent, ce que nous avons le plus envie de voir est à peine évoqué. Bien entendu, la plupart de ces scènes sont connues et en bonne place dans notre imaginaire collectif (la prise de la Bastille, la reconnaissance du Roi à Varennes…), mais tout de même. Je ne peux m’empêcher de penser que Schoeller fait exprès de ne pas montrer ce que le spectateur s’attendrait le plus à voir pour essayer de se distinguer de ce qui a été précédemment fait.

Le film fait le choix d’illustrer « le peuple » à travers quelques citoyens des faubourgs de la Bastille, que l’on va retrouver pendant toute sa durée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne fonctionne guère. Pour un film qui porte un tel titre, il semble logique que l’on veuille s’identifier aux personnages représentants le peuple. Il n’en est rien. Ils ne deviennent jamais attachants, notamment car on ne nous les présente pas avant le début de la Révolution. Pour ne rien arranger, la photographie lors de ces scènes populaires du faubourg est telle que tout semble totalement artificiel. Cette lumière jaunâtre ne fonctionne pas pour donner un sentiment de naturel et de véracité à ce que l’on voit. À vrai dire, cela me fait penser à certains moments à ce qu’on peut voir dans l’adaptation hollywoodienne de la comédie musicale Les Misérables.

Enfin, clou du spectacle : la mise en parallèle entre la déchéance du roi avec le développement d’une relation amoureuse et le développement d’une famille entre une lavandière (Adèle Haenel) et un ancien voleur de poule (Gaspard Ulliel) qui rejoint le mouvement révolutionnaire simplement parce qu’il a vu de la lumière et les seins de madame. Mais il faut se rendre à l’évidence : le réalisateur est incapable de filmer une histoire d’amour, tant celle-ci est faite au forceps. C’est dommage, car il arrive des choses à ces personnages au cœur de la Révolution, mais personnellement, je m’en fichais totalement.

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Cependant, tout n’est pas à jeter dans le film. Finalement, ce qui m’a le plus intéressé auront été les différente sessions au sein du parlement et la mise en place de la Convention. L’occasion d’entendre quelques figures assez connues de l’Histoire, comme Robespierre, Marat, Saint-Just ou Danton. Le film accorde une grande place au sort que doit être réservé à Louis XVI une fois celui-ci arrêté. Les débats lors de son procès, ainsi que la présentation des votes nominatifs appelant à sa mise à mort ou son bannissement constituaient un morceau de choix. Au final, un film entier rien que sur ce sujet aurait totalement pu m’accrocher.

Le plus grand reproche que je pourrais faire au film, c’est ce besoin typiquement français de toujours vouloir en faire trop dans « l’auteurisation » de l’œuvre,  avec certains effets de style franchement discutables voire parfois totalement kitschs. Le sujet dépeint par le film est déjà suffisamment accrocheur pour ne pas avoir besoin d’ajouter dessus des métaphores visuelles malaisantes. Sans doute suis-je trop classique, voire même trop étroit d’esprit dans certains cas. J’en conviens tout à fait. J’imagine que je suis tout simplement plus acquis à la tendance grand spectacle des représentations historiques anglophones !

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