On se fait une toile ? Les Enfants du temps

Déjà un nouvel article cinéma ? Eh oui, j’avais initialement prévu la présentation d’un jeu de société, mais ai finalement décidé d’essayer de vous donner mon avis sur le maximum de films que je verrai en 2020. Or je suis allé voir tout récemment le film d’animation japonais Les Enfants du Temps, réalisé par Makoto Shinkai, responsable du précédent plus grand succès du cinéma d’animation au Japon, Your Name. Alors, baste de l’alternance de la catégorie des articles, ils se feront comme ils viennent !

Revenons un peu en arrière : magnifique film sur le plan visuel que Your Name, non vraiment, c’était splendide. Mais son histoire… Aaah, ce scénario avait été une immense déception pour moi, si bien que j’étais sorti assez déçu du cinéma. D’autant plus que son succès nippon avait forcément créé des attentes en moi. Pour autant, vous devriez commencer à connaître mon grand intérêt pour ce type de films, et le plaisir que j’ai de les voir distribués dans nos salles. J’ai donc voulu donner sa chance à cette nouvelle œuvre. Après tout, au moins sur le plan visuel, je savais que je n’allais pas être déçu. Sur ce plan là, rien à redire. Tout comme son prédécesseur, Les Enfants du Temps propose des images splendides, une animation éclatante et moderne, mêlant brillamment animation 2D et quelques touches discrètes de 3D. Le tout sublimé par un travail des couleurs exceptionnels.

Cette dernière création des studios CoMix Wave Films nous conte l’histoire d’Hodaka, un jeune lycéen de 16 quittant son île natale afin de tenter sa chance à Tokyo en proie à un interminable épisode de pluies, pourtant en plein été. Après des débuts très difficiles dans une ville hostile à l’adolescent fugueur qu’il est, il finira finalement par accepter l’aide de Keisuke, le responsable d’un petit journal d’enquêtes paranormales qui lui offrira un emploi, ainsi qu’un foyer. En parallèle, il fera aussi la connaissance d’Hina, une adolescente qui se révèlera rapidement doté d’une capacité très spéciale : elle est une fille-soleil, capable de faire cesser pour quelques instants la pluie autour d’elle au profit d’un soleil éclatant. Alors qu’Hodaka parvient à convaincre la jeune fille et son petit frère de mettre à profit cette extraordinaire capacité, les deux adolescents vont rapidement devenir de plus en plus proches.

Pour ceux qui auront également visionné Your Name, ils comprendront rapidement qu’une fois encore, ce nouveau film nous propose donc une histoire d’amour adolescente à travers un prétexte fantastique. C’est là le premier reproche que je lui ferais : son manque flagrant d’originalité. L’an dernier, j’avais également eu l’occasion de voir Le mystère des pingouins, autre œuvre d’animation japonaise. Face aux Enfants du temps, impossible de ne pas penser à la fusion des deux films précédemment cités, résultant sur une histoire pas franchement originale.
Notons toutefois qu’il semble qu’une nouvelle préoccupation émerge dans la culture japonaise : la crainte des catastrophes naturelles menant à l’engloutissement du pays, l’eau étant un enjeu à affronter dans les deux films de 2019. Le Japon étant un archipel, dont nombre des plus grandes cités ont été bâties sur les littoraux, cette nouvelle crainte qui semble avoir un peu occulté le traumatisme de la catastrophe nucléaire n’aura rien d’étonnant en cette période d’éveil mondialisé quant aux conséquences de plus en plus manifestes du réchauffement climatique.

Pour en revenir au film en lui-même, au-delà de la qualité de l’animation, il réussit pendant sa partie centrale à dégager une énergie particulièrement positive et inspirante, notamment lors des passages où le trio formé par Hodaka, Hina et son jeune frère Nagisa entreprennent d’apporter du bonheur aux gens grâce aux pouvoirs de l’héroïne. Grâce à un montage hyper dynamique, la qualité du travail sur les variations de couleurs et de lumières lors des passages de la pluie au soleil, ainsi que quelques séquences assez émouvantes dans la recherche du bonheur simple procuré par la présence du soleil, le film propose des séquences particulièrement réjouissantes, et susceptibles de mettre du baume au cœur. Mais dans son dernier tiers, celui-ci bascule lorsque son réalisateur décide de forcer la dramaturgie afin de raconter son histoire d’amour absolue. Tout devient alors trop forcé, les quelques personnages secondaires ne sont plus alors que des outils afin de créer des situations artificiellement pathos. Et comment passer outre ce fusil de Tchekov tellement grossier qu’il en devient risible.

Mais plus que tout, ce qui m’a le plus irrité dans ces dernières scènes, au-delà de l’aspect copie carbone du précédent film du réalisateur, ce sont les valeurs véhiculées par cette histoire, où l’amour égoïste doit se situer au-dessus de tout le reste, et peu importe les conséquences à plus large échelle pouvant en résulter. J’imagine que cette idée peut toucher un public relativement large. Pour ma part, cela me semble un peu simpliste, et me met totalement en dehors de l’histoire, ma sympathie pour ses héros s’en trouvant largement diminuée.

Aussi, je me retrouve dans une situation un peu particulière face à ce film. Je comprends qu’on puisse aimer. Pour ainsi dire, j’aimerais moi-même réussir à l’aimer, mais je n’y arrive pas. Car je réalise tout à fait la quantité d’éléments plus qu’appréciables qu’il propose : l’animation, l’énergie, la volonté de proposer un film magnifique, où image et musique sont particulièrement soignés. Mais je n’y arrive pas. Il n’y a rien à faire : je n’accroche pas aux idées assez mièvres développées par M. Shinkai, qui à mes yeux n’arrive jamais à toucher au sublime. Et in fine, j’ose espérer que dans ses prochaines réalisations, il réussira à apporter plus d’originalité à ses scénarios et leurs dénouements.

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