On se fait une toile ? Les filles du Dr March

En 2019, j’ai vu moins de films en salle que les précédentes années, chose que je souhaite rattraper pour 2020. Histoire de bien commencer, je suis donc allé voir mon premier film de cette nouvelle décennie le week-end dernier, à savoir la dernière adaptation cinématographique du célèbre livre de la romancière américaine Louisa May Alcott, Les filles du Dr March (de son titre original, Little Women).

J’ai donc décidé de vous proposer un petit retour sur ce dernier, bien qu’il ne sera pas le film sur lequel j’aurais le plus de choses à dire. Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne suis guère un spécialiste de cette histoire, n’ayant jamais lu l’œuvre originelle. Jusqu’à très récemment, mes connaissances de cette dernière se résumaient à la série d’animation japonaise diffusée dans l’hexagone au début des années 90 (et surtout son générique qui avait la fâcheuse tendance à vous rester longtemps dans le crâne). Par chance, le passage à la télévision quelques jours auparavant de l’adaptation de 1994 avec Wynona Rider m’a permis de me replonger un peu dedans, en préambule de cette séance.

La première chose qu’il convient de mettre en avant, en comparaison du précédent film, c’est le choix de la réalisatrice Greta Gerwig de ne pas dérouler son scénario dans l’ordre chronologique, mais dans un incessant va et vient entre les 2 périodes que sont l’adolescence et le début de l’âge adulte des filles. Si cela permet de commencer in media res afin d’immédiatement capter l’intérêt du spectateur, j’ai le sentiment que la compréhension du film sera facilité pour les spectateurs connaissant déjà l’histoire. Oh, rien d’impossible à suivre, il arrive cependant à certains moments que l’on ne sache pas immédiatement si nous nous situons dans le passé ou le présent des personnages. Je me demande toutefois si ceci n’est pas une volonté de la réalisatrice, d’autant que le choix de garder les mêmes comédiennes pour jouer les filles à 7 ans d’écart n’aide pas nécessairement à la différenciation, si ce n’est par certaines coupes de cheveux. À ce titre, il est amusant de voir que le rôle d’Amy, la benjamine de la famille, a été confié à l’actrice Florence Pugh, âgée de 24 ans. Difficile de croire à son jeune âge donc, mais quelque part, cela correspond plutôt bien avec son caractère très prononcé.

Mais je me rends compte que je n’ai jusque-là pas pris la peine de dresser les grandes lignes du film. Nous y suivons donc les vies communes des 4 sœurs March élevées par leur mère lors de la Guerre de Sécession pendant que leur père pasteur nordiste a été appelé au front comme aumônier. Oui, le titre français du roman était quelque peu trompeur : à l’époque de sa parution originale, l’éditeur avait préféré occulté l’aspect religieux du père March en le masquant derrière le terme Docteur. Cette petite anedcote faite, procédons à une rapide présentation des filles March. Nous avons donc, en commençant par la plus âgée, Meg (Emma Watson), l’ainée de la sororie mais également celle qui se conforte initialement le plus à ce que la société pouvait attendre d’une jeune femme des années 1860. Puis vient Jo (Saoirse Ronan), la plus indépendante des sœurs, ne souhaitant pas se plier aux codes afin de vouer sa vie à sa carrière d’auteure. Beth (Eliza Scanlen), la 3ème sœur, est la plus introvertie, mais aussi la plus altruiste. Faisant tout pour aider les autres, elle est aussi une musicienne de talent. Enfin, la benjamine Amy, pleine d’ambition et quelque peu capricieuse fait tout pour essayer de sortir de l’ombre de sa sœur Jo, et montre un talent certain pour la peinture.

Parmi celles-ci, Jo constitue pleinement le personnage central du film, et ce pour différentes raisons. D’une part, de par son caractère échappant aux carcans de son époque, elle constitue un personnage résolument moderne et féministe avant l’heure. Par ailleurs, et ce, dès le roman, elle a toujours constitué une émanation de Louisa May Alcott, jusqu’à être tout comme elle une romancière. Cette nouvelle adaptation pousse cette idée encore plus loin, puisque le film nous montre très clairement que Joe propose à son éditeur un roman tiré de sa propre enfance, ce dont la pellicule joue. Si bien que l’on peut se demander à de nombreux moments ce qui relève de la vie véritable de Joe et sa famille ou de la biographie romancée pour les besoins du livre. Ce qui aurait alors pour mérite de justifier certains passages un peu trop niais par rapport au reste.

Si le film met donc les projecteurs sur Jo ainsi qu’Amy, en raison de l’enjeu romantique qui se noue autour des deux sœurs, les autres sont ainsi naturellement mises plus en retrait. Notamment Meg, dont on sent que le scénario ne sait pas trop comment gérer le personnage, tant son caractère semble différer voire entrer en opposition avec le propos sous-tendu par celui des deux sœurs précédemment citées. Ce n’est pas forcément un mal : pour une fois, ce n’est pas déplaisant de ne pas retrouver Emma Watson dans un rôle clé.
D’ailleurs, bien qu’il dure 2h15, Les filles du Dr March souffre d’un certain défaut : comme il a beaucoup à raconter, il se trouve obligé de mettre certains personnages de côté, qui sont donc bien moins caractérisés. Ainsi, la mère (jouée par la rescapée jurassique Laura Dern) peut-elle sembler tarte tant elle semble toujours parfaitement calme et bonne envers son entourage. Heureusement, une scène de tête à tête avec Jo lui donnera plus d’épaisseur et de vraisemblance au détour d’une simple réplique. En fait, à plusieurs reprises, l’œuvre est suffisamment intelligente pour apporter plus de nuances aux personnages que ce qu’ils peuvent paraître au premier abord. Notamment Jo, tiraillée entre ses idéaux et le vide qu’elle peut ressentir malgré elle. Quel dommage du coup que la relation sentimentale décisive de l’héroïne soit traitée aussi rapidement, nous obligeant à l’accepter telle qu’elle, alors qu’elle aurait gagnée à être plus travaillée afin de la rendre plus impactante.

Au final, Les filles du Docteur March propose un film historique actualisé honnête, sans être un chef d’œuvre. Il parvient à se distinguer suffisamment de ses prédécesseurs pour ajouter sa propre patte à l’édifice des multiples adaptations d’un classique de la littérature.

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