On se fait une toile ? Pokémon Détective Pikachu

Ah, Pokémon ! Une licence qui a marqué ma vie d’adolescent et qui a toujours aujourd’hui une place chère à mon cœur grâce aux bons souvenirs qui y sont liés. Alors, à moins de ne pas suivre du tout l’actualité de la pop culture sur internet, vous n’êtes pas sans savoir qu’un film tiré d’un de ses spin-off vidéoludique vient de sortir dans les salles obscures : Détective Pikachu. Pour la première fois, la série propose non pas un énième film d’animation (grosso modo, 20 ans qu’il y en a un tous les ans dans les cinéma japonais), mais bel et bien un projet live chapeauté par Hollywood avec prises de vues réelles et Pokémon modélisés en 3D réaliste.

Les adaptations cinématographiques ont généralement mauvaise réputation, que ce soit auprès de la presse évidemment, mais également de la communauté de joueurs cinéphiles. À raison, car la plupart du temps, les films ont rarement su rendre hommage aux séries originelles, ou bien proposer autre chose qu’un projet vite bâclé sans chercher à proposer un produit de qualité, convaincus que les fans se jetteront de toutes façons dans les salles à la sortie. En conséquence, dès qu’un nouveau projet est annoncé, une grande partie de la communauté geek se méfie.
Dans le cas présent cependant, si l’annonce d’une adaptation en live de Pokémon par un studio américain avait largement de quoi activer tous les radars à navet, la première bande-annonce, ainsi que la participation de Ryan Reynolds en tant que voix de Pikachu avait de quoi rassurer quelque peu.

Puisque j’évoque le doublage de Pikachu, la souris électrique star du film, l’occasion est toute trouvée de présenter son synopsis. Suite à l’annonce de la mort de son père qu’il n’a pas vu depuis de nombreuses années, Tim, un jeune adulte travaillant dans les assurances, se rend dans la ville idéale de Ryme, où humains et Pokémon vivent en harmonie. Il y fera rapidement la rencontre du Pikachu compagnon de son père qu’il est le seul à pouvoir entendre parler. Les 2 héros seront amenés à faire équipe afin de résoudre ce double mystère : qu’est-il vraiment advenu du père de Tim, et pour quelle raison Pikachu arrive-t-il à parler ?

Avant d’aller plus avant, je pars du principe que vous êtes suffisamment au courant du fonctionnement de l’univers Pokémon, de sorte qu’il n’est pas nécessaire que je vous explique ses principes de bases : Pokémon, pokéball, dresseurs, combats de Pokémon… De toutes façons, le film n’a guère d’intérêt pour quelqu’un n’ayant absolument aucun lien avec la licence.

Je vais commencer par le point le plus positif du film : il s’agit d’un projet qui rend un bel hommage à son matériel d’origine. Il est certain que l’équipe de Rob Letterman s’y connaît en matière d’univers Pokémon, et sait parfaitement comment tout cela fonctionne. Du coup, tout en proposant un cadre différent de celui des jeux vidéo principaux (la ville de Ryme), tout est fait avec un grand respect pour la licence. Cela commence bien évidemment par la présence même des monstres de poche à l’écran. De très nombreuses espèces sont visibles, et ce toutes générations confondues. Certes, les créatures les plus mises en avant sont tirées de la toute première, mais le film ne s’y cantonne pas. Tant mieux, car bien que je sois le plus attaché aux 151 Pokémon initiaux, 6 autres générations ont vu le jour depuis, et il aurait été dommage de ne absolument pas en tenir compte.
Mais plus largement, le film cherche à nous montrer un monde où tout tourne naturellement autour de la cohabitation entre les humains et les Pokémon, qui ne sont autres que les animaux résidents dans ce monde. Bien au-delà de l’harmonie entre chaque habitant de Ryme et son pokémon, on trouve des pubs, des affiches dans la ville qui font naturellement références à ces créatures, comme c’est le cas dans notre monde avec nos animaux. Cependant, le film ne se cantonne pas au décor urbain, et prend aussi le temps de nous montrer les Pokémon dans leur environnement naturel : types vols dans le ciel, insectes et plantes dans la forêt, etc. Sur le plan du respect de l’œuvre originelle, le film est difficilement attaquable. En vérité, il arrive même à plusieurs occasions à faire une utilisation très maligne des caractéristiques inhérentes à certains Pokémon, ce qui est exactement ce que j’avais envie de voir.

En revanche, le bât blesse à plusieurs autres niveaux. Et le plus raté d’entre eux à mes yeux est certainement l’écriture de ses personnages. Si cela se passe plutôt bien en ce qui concerne Tim, incarné par Justice Smith, et Pikachu (bien qu’on n’échappe pas aux poncifs habituels des scénarios hollywoodiens), on est assez proche de la catastrophe en ce qui concerne certains personnages secondaires, notamment le personnage féminin principal, ainsi que le méchant du film. Ne nous leurrons pas, il est certain que le film s’adresse à un public familial, et n’allait donc pas nous pondre un scénario d’une folle complexité. Mais était-ce une raison pour écrire un méchant dont les raisons d’agir ne sont finalement rien d’autres que faire des méchanteries sans aucune réelle justification parce… qu’il est le méchant ? Il y a bien une tentative de nous expliquer ses agissements, mais elle ne tient absolument pas la route, car trop disproportionnée. C’est dommage, parce qu’il aurait suffit d’une petite scène en plus pour nous rendre ses motivations plus crédibles. Et par la même occasion les enjeux du film lorsqu’il arrive à son grand final spectaculaire. Grand final qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le film Batman de Tim Burton, aussi étonnant que cela puisse paraître.
Quant à Lucy, l’apprentie journaliste qui accompagne rapidement notre duo, ce personnage tombe vraiment comme un cheveux sur la soupe, que ce soit son introduction et ses objectifs, ou encore son niveau de connaissance du complot bien trop élevé par rapport à ses capacités réelles. D’autant que la prestation de l’actrice Lucy Stevens n’arrange rien. Bref, ce personnage s’avère bien trop creux et artificiel pour paraître crédible et attachant. Heureusement que son Psykokwak rattrape un peu l’affaire.

Je vais aussi devoir parler des effets spéciaux et de la technique. Et là, cela va être un peu difficile. En fait, c’est un peu la loterie, que ce soit pour la modélisation des Pokémon ou bien en ce qui concerne les décors ou la photographie en elle-même. Plusieurs Pokémon sont très bien modélisés, mais le film n’atteint pas le même degré d’excellente pour tous. Il n’y a pas grand chose à redire sur Pikachu, heureusement, puisqu’il est la star. Si à certains moments il semble y avoir un décalage entre ses différentes expressions et attitudes, au final, tout parvient à faire sens. Mais le résultat n’est pas toujours aussi convaincant, ce qui a tendance à sortir un peu de l’histoire, lorsque l’aspect artificiel reprend le dessus. Malheureusement, cet aspect artificiel se ressent aussi dans certains passages, lorsque certains effets spéciaux sont plus ratés. Je pense principalement à une scène en pleine nature qui se veut résolument épique, mais où la technique n’a pas su suivre à mes yeux. Cette artificialité, lorsque la magie n’arrive plus à prendre, constitue un vrai défaut pour le film, car je suis persuadé qu’il avait toutes les meilleures intentions du monde, cela se sent.

À ce titre, si je ne pense pas qu’il puisse devenir un classique instantané de la culture pop, certaines scènes sont suffisamment réussies pour devenir rapidement cultes, que ce soit l’interrogatoire du M. Mime, ou bien la scène bucolique des Bulbizarres, tellement irrésistibles. En revanche, les bandes annonces ainsi que la présence de Ryan Reynolds nous ont un peu trompés : au final, le film n’est pas aussi drôle que ce que ces teasings semblaient annoncer, et encore une fois, la plupart des scènes comiques nous avaient été dévoilées. C’est une habitude depuis quelques années, dont on ne peut que souhaiter qu’elle s’estompe dans les temps à venir.

Alors qu’ai-je pensé de Pokémon Détective Pikachu ? Je m’y suis rendu de bon cœur, mais après son visionnage, j’ai un avis plutôt mitigé sur lui. J’ai le sentiment qu’il est tiraillé entre deux publics, cherchant à la fois à s’adresser aux enfants, mais aussi à ceux qui ont découvert Pokémon plusieurs années auparavant et sont désormais adultes, ce qui le dessert plus qu’autre chose. Résultat, on se retrouve avec un film dont il est évident qu’il cherche à rendre le plus fidèle hommage possible à l’univers Pokémon, mais qui en contrepartie se rate sur son écriture et sur certains aspects techniques. Alors, faut-il le voir ? Je dirais oui et non. Tout en ayant conscience de ses défauts, on peut réussir à l’apprécier pour sa prouesse d’adaptation, ainsi que pour certaines scènes qui arrivent à s’élever au-dessus du lot. Et si d’autres projets d’adaptation live sont à venir, pourquoi pas. Il y a manifestement un potentiel, qui doit encore être magnifié.

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