On se fait une toile ? Bienvenue à Marwen

Nouvelle année, nouveaux films ! Après avoir terminé 2018 avec Miraï, ma petite sœur, la dernière œuvre de Mamoru Hosoda, le réalisateur japonais contemporain d’animation que je préfère, j’ai aujourd’hui vu le nouveau film d’un autre créateur qui occupe une grande place dans mon panthéon cinématographique personnel : Bienvenue à Marwen, par Robert Zemeckis, qui nous avait offert la trilogie cultissime des Retour vers le futur.

S’inspirant d’une histoire vraie, portée par l’acteur Steve Carell, son histoire nous présente la lutte de Mark Hogancamp contre le trauma qu’il a subi lors d’une violente agression qui a fait voler en miettes la vie qu’il menait jusqu’alors. Sa lente reconstruction passe par l’édification dans son jardin d’un monde de poupées du nom de Marwen, un petit village belge fictif en pleine Seconde Guerre mondiale. Dès la première scène du film, nous y rencontrons l’alter ego de Mark, en proie à des soldats nazis intolérants, avant d’être secouru par un groupe de femmes portant armes, les habitantes du village.

L’un des attraits du film étant la compréhension du fonctionnement de Marwen, tâchons de ne pas en révéler plus avant sur le scénario. Cependant, puis-je dire que ce monde alternatif constitue naturellement une métaphore des combats de son créateur, et qu’il reflète donc de manière très concrète aussi bien ses états d’âme que la place qu’occupe les femmes qui le soutiennent dans sa vie, pour lui mais aussi pour son entourage puisqu’il emporte toujours avec lui les habitants du village.

Aussi, le travail réalisé sur ces poupées bien réelles qui prennent vie dans l’esprit de Mark s’avère remarquable : elles réussissent à être à la fois de vraies figurines réalistes, manipulées par les protagonistes, mais deviennent aussi terriblement humaines dans leur univers, grâce au soin apporté aux mouvements et expressions de leurs visages lorsqu’elles s’animent. Pour autant, elles restent toujours des poupées, ce que le film se fait fort de rappeler à plusieurs reprises, et dont il s’amuse lors de quelques passages. Enfin, lorsqu’elles redeviennent inertes lors d’un glissement instantané de Marwen au monde réel, la transition est fait avec une telle transparence qu’elle en devient bluffante.

Malheureusement, là où le film déçoit plus, c’est dans son incapacité à laisser le spectateur recoller de lui-même les morceaux du puzzle qu’est le village et ses habitantes jusqu’au bout. Pourtant, la mise en scène repose grandement sur la suggestion et la projection d’éléments de réponse de-ci de-là, ce qui laisse penser que le réalisateur croit en notre capacité à comprendre par nous-même ce que les images nous révèlent. Seulement, au bout du compte, il ne peut s’empêcher de tout bien expliciter à travers les dialogues des personnages. Quel dommage de ne pas avoir pu tenir jusqu’au bout la ligne de conduite initiale.

La réalisation sait en revanche bien illustrer le traumatisme psychologique que vit Mark par le biais des combats que mènent ses poupées, le plus souvent à l’échelle de leur monde, et parfois jusque dans sa perception de la réalité. Cela passe notamment par le mixage sonore, assourdissant lors des batailles, comme pour nous faire éprouver physiquement le mal être occasionné par ces crises d’angoisse insoutenables.
Toutefois, pour rester du côté de la bande son, le film souffre à mes oreilles d’un défaut bien trop souvent présent dans ce type d’œuvre : le recours systématique à une bande originale faisant la part belle aux musiques tire-larmes, de celles qui ne cherchent pas tant à accompagner les images, qu’à les écraser sous leurs grosses bottes.

Mais revenons un peu sur la place des femmes dans Marwen. Si la bande-annonce pouvait faire croire que celles-ci n’auraient dû leur grande présence qu’à l’assouvissement facile d’un fantasme de Mark, il n’en est heureusement rien (ou si peu). Tout au contraire, elles se révèlent être les soutiens et les forces qui permettent au héros de se relever et de tenir face à l’extrême violence exercée par des hommes aveugles au respect de la différence. Au point de faire dire à son alter ego lors du grand climax que face à la barbarie, les femmes sont la réponse.
Une scène épique qui fait notamment un clin d’œil clairement littéral à Retour vers le Futur. Certes, Zemeckis plus que quiconque pouvait se permettre cette auto-citation. Celle-ci semble toutefois bien vaine, un simple bonbon lancé au spectateur, tant elle n’apporte absolument rien à la résolution de l’histoire ou à son propos. Mais je chipote, sans doute. Disons que pour un film où chaque élément tend à faire sens, celui-ci détonne.

D’autres points de Bienvenue à Marwen mériteraient que l’on s’attarde sur eux, mais je les garde sciemment sous silence, afin de ne pas gâcher certaines surprises et découvertes. Quoi qu’il en soit, je suis assez mitigé sur le film. Je conseille de le voir pour l’originalité de sa mise en scène, avec en tête l’utilisation des poupées. Pour autant, il présente pour moi trop de petits défauts pour constituer une œuvre marquante. Peut-être touche-t-on là à un souci lié à son principe même : vouloir insuffler le fantastique d’un monde de poupée qui prend vie sous nos yeux dans un scénario tiré d’une histoire vraie.

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