On se fait une toile ? Spider-Man: into the Spider-verse

Depuis quelques jours dans le milieu geek, le film d’animation Spider-Man: into the Spider-verse (localisé en français sous le titre totalement décevant de Spider-Man: New generation) remporte tous les suffrages. En bon amateur de productions animées cinématographiques que je suis, j’ai donc décidé d’aller le voir il y a quelques jours, car la bande-annonce avait effectivement de quoi allécher. Je ne pensais pas écrire sur lui, mais en fin de compte, à tant lire des critiques dithyrambiques, je me suis dit qu’il fallait tout de même que je propose mon avis à son sujet.

Spider-Man a pour moi une place importante au rang des super héros, puisque dans les années 90, aux côtés de la légendaire série animée Batman The Animated Series (aujourd’hui devenue culte), Spider-Man The Animated Series, apparue quelques années après était la seule tirée de comics à m’intéresser. L’homme-araignée a longtemps été un peu à part parmi les super héros les plus populaires, grâce à son caractère plein d’humour et d’autodérision face à des super vilains souvent mémorables et ses aventures se déroulant en plein New-York, les ancrant facilement dans une certaine réalité.

Pour autant, n’ayant jamais été un grand amateur de comics, je ne connais pas parfaitement l’univers du super héros. En revanche, je peux tout de même préciser que lors des dernières décennies, le super héros a été décliné en de nombreux variations alternatives, issues d’autres dimensions dans le grand lore de Marvel. Ce qui a amené à de très nombreux cross-over dans les comics, les jeux vidéo ou bien les nouvelles séries animées, où plusieurs de ces Spiders se rencontrent dans le même univers pour faire équipe contre une menace à la hauteur de leur puissance décuplée.

Into the Spider-verse transpose donc pour la première fois sur grand écran ce concept. Ce qui constitue en soi une excellente idée et un bon moyen de renouveler le personnage au cinéma, quand on se souvient que celui-ci avait déjà eu droit à une trilogie, un dyptique ainsi qu’un premier film dédié dans le Marvel Cinematic Universe actuel. Ces 20 dernières années, le seul autre super héros ayant été autant exploité au cinéma dans de multiples reboots étant… tiens, tiens, Batman ! Le monde est petit.

L’idée de le faire sous forme de film d’animation était d’autant plus bonne qu’elle permettait facilement de rendre compte des différentes dimensions en jouant sur la représentation graphique de ces dernières, ce que la réalisation prend grand plaisir à faire… sans pour autant exploiter à fond son concept. En effet, si les Spider principaux sont toujours présentés selon le même style de 3D, d’autres plus annexes ont droit à une animation plus personnelle. Je pense notamment à Spider Pig, le personnage toon en 2D ou bien Peni Parker, la Spider la plus ratée du film, au design kawaii manga caricatural luttant grâce à un mecha araignée sans le moindre intérêt ni charisme.
J’ai surtout envie de dire que là où nombre de critique voient une animation complètement folle, pour ma part, j’ai surtout vu de trop nombreux moments où celle-ci était particulièrement brouillonne et difficile à suivre, à trop vouloir être épileptique et tournoyer dans tous les sens. Certes, il y a quelques passages assez chouettes, mais on n’est clairement pas à mes yeux face à une réalisation qui fera absolument date en la matière.
Enfin, je trouve dommage de ne pas avoir jouer à fond le concept proposé par le titre du film : au lieu de ramener tous les personnages alternatifs dans le même univers, j’aurais tellement aimé voir leur bande voyager à travers les dimensions, afin de proposer une immense variété de style d’animation différente, où chacun se retrouverait à dépareiller à un moment ou l’autre avec le décor et l’ambiance.

Ce qui constitue pour de nombreux fans du film l’un de ses plus grands points forts constitue pour moins un de ses grands défauts sur le plan narratif : l’œuvre s’adresse très clairement aux grands connaisseurs de l’univers du tisseur, cinématographique, mais surtout sur papier, et fait largement référence aux parutions les plus récentes. Ainsi fait-il apparaître à l’écran un grand nombre d’ennemis, dont certains ne sont quasiment là que pour le caméo, comme s’ils étaient une évidence dans cet univers, mais sans aucune présentation au sein du film afin d’expliquer leur origine ou leurs enjeux. Citons ainsi Negative Man, bien plus présent dans le récent jeu vidéo Marvel’s Spider-Man, mais jamais présenté ici

Plus grave encore, si l’on peut pardonner ces écueils sur les antagonistes mineurs, les super vilains principaux (avec en tête d’affiche le Caïd) s’avèrent totalement ratés. Lorsque leurs motivations sont expliquées, celles-ci sont grossières, ne réussissant jamais à rendre la dimension dramatique visiblement voulue. Pourtant, un film de super héros marquera plus souvent son public par la qualité de son méchant que par son héros. Pensons par exemple à The Dark Knight et son glaçant Joker inhumain, ou bien à Avengers Infinity Wars et son Thanos étonnement complexe qui a facilement su rejoindre le panthéon des grands antagonistes du 7ème art dans la culture populaire. Quel dommage d’avoir raté un tel coche.

Côté mise en scène, Into the Spider-Verse annonce immédiatement la couleur : il sera parfaitement méta, faisant immédiatement référence aux précédents opus cinématographiques pour mieux s’en moquer. Ainsi que plus largement la mythologie du personnage, faite de métaphores de la puberté, épreuve traumatisante forgeant le sens des responsabilités, et bien entendu passage à l’âge adulte. Largement humoristique, l’œuvre réussit sa démarche dans sa première moitié, avant de totalement s’écrouler dans la seconde. On débouche alors en plein dans les poncifs de l’origine story Spider-Manesque, faisant totalement tomber à plat toutes ses velléités de positionnement d’auto-dérision vis à vis de son matériel.

Au final, que retenir de cette réalisation des studios Sony Pictures Animation ? Tout n’est certes pas à jeter. Elle réussit à proposer quelques séquences vraiment drôles, une ou deux scènes un peu plus émouvant sans tomber dans le cliché auquel n’y échappe pas d’autres. L’idée de donner en parallèle du personnage principal de Miles Morales un autre enjeu scénaristique à Peter B. Parker, le Spider-Man plus âgé et loser d’une autre dimension s’avère également bonne, d’autant que les deux personnages s’inspirent réciproquement. Mais ce n’est pas suffisant. Le film n’est pas mauvais, mais il ne constitue absolument pas à mes yeux le chef d’œuvre tant vanté par nombre de mes confrères sur internet. Parce que sa durée est trop courte pour laisser s’épanouir correctement tous les personnages qu’il présente, et en raison de la dissonance entre son fond archi classique et sa forme prétendument plus cool et auto-référentielle.

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