On se fait une toile ? A silent voice

J’aime beaucoup les films d’animation, généralement parlant, et notamment l’animation japonaise. Alors pour changer un peu, j’ai décidé de vous proposer un petit article sur celui que je suis allé voir cette semaine : A silent voice.

Le grand public a souvent tendance à croire que le cinéma d’animation japonais se résume aux œuvres produites par le studio Ghibli. Fort heureusement, il n’en est rien. Depuis quelques années, une nouvelle génération de créateurs a fait son apparition, et de nouveaux noms commencent ainsi à se faire connaître, au-delà du territoire nippon. L’un de ces créateurs s’appelle Mamoru Hosada, à l’origine de La Traversée du Temps, Summer Wars, Les enfants loups et Le garçon et la bête. Je profite donc de cet article pour mettre un peu en lumière le travail de cet homme. Car Les enfants loups, narrant l’histoire d’une jeune mère devant élever seule ses enfants, mi-hommes mi-loups, était pour moi le meilleur film d’animation japonais ayant été produit ces 10 dernières années. Je ne peux que vous recommander chaudement de le voir de toute urgence si cela n’a pas déjà été fait. Celui-ci me touche toujours en plein cœur, alors que mes amis ont tendance à croire que celui-ci est de pierre, décortiquant simplement les artifices lorsqu’un film essaie de m’émouvoir.

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L’an dernier, pour débuter 2017 sortait au cinéma le film Your name, qui avait fait grand bruit dans le milieu des amateurs, car celui-ci avait battu tous les records dans les salles japonaises. Je m’étais donc empressé d’aller le voir, les images de la bande-annonce augurant d’un film superbement animé. En fait, ce fut une petite déception : rien à redire sur la qualité de l’animation, celle-ci était une réussite. En revanche, le scénario ne tenait vraiment pas la route, trop perclus de clichés et de facilités. « Mouaif, tout ça pour ça ? Sans rire ? ». J’avais donc besoin d’être réconcilié avec le nouveau cinéma d’animation nippon.

Cette année, j’avais entendu parler d’un nouveau film d’un studio dont je ne connaissais rien, fort d’élogieuses critiques quant à son propos et son traitement : A Silent Voice. Autant vous le dire tout de suite : celui-ci m’a bien plus plu !

De son nom original Eiga koe no katachi (littéralement « La Forme de la voix », merci internet, je n’aurais pas été capable de traduire seul), cette adaptation d’un manga paru entre 2013 et 2014 est l’œuvre la jeune Naoko Yamada, au sein des studios Kyoto Animation. Créés dans les années 80, ces derniers étaient initialement des sous-traitants de séries d’animation, mais ont finalement réussi à monter en grade dans les années 2000, notamment grâce à la production de la série La Mélancolie de Haruhi Suzumiya.

À la différence des principaux films Ghibli ou des réalisations d’Hosada, notre film ne fait appel ni au fantastique ni au folklore japonais. Il est ici question d’un sujet peu traité par l’animation, la surdité, mais aussi et surtout du harcèlement scolaire et des dégâts que cela engendre sur les individus, aussi bien sur la victime que sur les responsables. C’est là l’une de ses grandes forces : rien n’y est tout blanc ou noir, la réalité nous est dépeinte sans jugement. Aucun personnage n’est fondamentalement mauvais, même la jeune fille paraissant n’être qu’une peste révèle plus de profondeur au fur et à mesure de l’histoire. Ne vous laissez pas tromper par son statut de film d’animation : Silent Voice n’est pas à l’adresse d’un tout jeune public. Il aborde des scènes de violence, aussi bien physique que psychologique, n’hésitant pas à toucher frontalement un thème comme le suicide. Sans apitoiement. Silent Voice est souvent sombre et dur envers ses protagonistes, peut parfois sembler désespéré, mais nous montre également des moments où la joie de vivre et l’espoir sont bien présents, jusqu’à se terminer sur une scène finale beaucoup plus positive.

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Les tourments de l’adolescence, l’impossibilité de communication, l’isolation et la culpabilité (représentés par une trouvaille visuelle que je ne divulguerai pas ici) ainsi que le désir de rédemption sont autant de sujets abordés, par le biais de toute une galerie de personnages gravitant autour des 2 héros, Shōko, jeune fille sourde fraîchement débarquée dans une nouvelle école au début de l’histoire, et Shōya, son camarade de classe et ancien tourmenteur, devenu par la suite lui-même victime d’un groupe qui l’a rejeté suite à la dénonciation de ses méfaits. Le film n’aurait pu s’attacher qu’à l’évolution et la relation de ces 2 derniers, cependant, il prend le temps de développer la plupart de ses personnages secondaires, que ce soit les camarades de classe ou bien les membres de la famille. Ainsi, la plupart d’entre eux aura un rôle à jouer à un moment ou l’autre. Tout ceci concours à rendre cette histoire plus réaliste, plus vivante et surtout plus attachante.

Tout n’est pas parfait dans le film, long de plus de 2 heures. C’est trop. Certaines scènes peuvent paraître redondantes, et les changements d’état d’esprit des adolescents sont parfois un peu forcés, manquant de naturel.  Le film aurait encore gagné en efficacité tronqué d’une quinzaine de minutes. L’animation n’est probablement pas aussi brillante que dans Your Name. En fait, A silent voice fait beaucoup penser à une série d’animation d’excellente facture présentée sous un format de long métrage, de par sa réalisation et sa manière de dérouler son histoire. Dans tous les cas, je suis sorti de la séance avec le sentiment d’avoir visionné une œuvre clairement réussie, et relativement différente de celles que nous avons le plus souvent l’occasion de voir au cinéma.

 

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