Vue sur la ville de Turin, la Mole et les Alpes en arrière plan.

Un week-end à Turin : de palais et de chocolats

Si je vous dis « découverte de l’Italie », vous penserez sans doute à Rome, Florence, Naples ou sûrement Venise. Pour ma part, je suis récemment parti en week-end à Turin. Pas nécessairement la ville à laquelle on pense le plus pour aller faire du tourisme, n’est-ce pas ? Pourtant, plusieurs personnes de mon entourage m’en ont parlé comme d’une ville très sous-estimée, connue dans notre imaginaire français avant tout comme une cité industrielle. La réalité est bien différente. Saviez-vous par exemple que, suite à l’unification de l’Italie au XIXe siècle, Turin en avait été la première capitale, après avoir été celle des États de Savoie pendant 150 ans, puis du Royaume de Sardaigne durant tout aussi longtemps ? Parlons donc un peu de la ville principale du Piémont, également quatrième ville du pays.

Le palais royal depuis la place royale.

L’arrivée en avion, sous un ciel bleu resplendissant, augurait d’ores et déjà du paysage à venir : survoler la beauté des montagnes alpines enneigées, puis la ville, permettant de découvrir ses principaux repères : la basilique au sommet de la colline Superga, le Pô (le principal fleuve du pays) ou encore la Mole Antonelliana. Les Alpes font partie du paysage de la ville, clairement visibles à l’ouest, tandis que de l’autre côté du fleuve, les collines s’étalent, où s’étendent villas et chemins de randonnée. J’ai eu de la chance : le ciel aura été bleu quasiment tout le long de mon week-end.

Le passage de l’aéroport au centre-ville est très aisé : un train les relie en une quarantaine de minutes, dont le prix du billet reste très bas. Dans la ville même, il est très facile de circuler : le centre se parcourt parfaitement à pied, et les centres d’intérêt plus éloignés sont accessibles par les nombreux trams ou bus. Turin dispose même d’une ligne de métro.

Turin a beau être la quatrième ville du pays en termes de population, elle est donc entourée de nature de toutes parts. Elle est aussi une ville à l’histoire ancienne, dont le plus vieux quartier, le Quadriletaro Romano, remonte à la création d’un castrum au pied des Alpes selon la volonté d’un certain Jules César. Les rues parfaitement perpendiculaires de ce quartier historique rappellent cette origine toute militaire, et se retrouvent plus largement dans les quartiers historiques de la ville. Une des quatre portes du castrum originel reste aujourd’hui d’ailleurs visible : la Porta palatina.

La Porta palatina

L’histoire avance, plusieurs siècles plus tard, la ville et ses alentours devinrent riches de nombreux palais, au style baroque très marqué, voulus par la puissante famille de Savoie. Parmi ceux-ci, j’ai visité les musées royaux, situés dans le Palazzo Reale (palais royal), une véritable merveille architecturale et artistique. Salles et escaliers monumentaux, riches murs et plafonds peints, salle de festin et de bal, tout y est, une merveille pour les yeux… sans même parler de la formidable armurerie située dans l’une des galeries principales, décorée du sol aux plafonds, où sont exposées moult armures et armes anciennes. Y pénétrer est comme entrer dans un monde merveilleux. Autre merveille des musées royaux : la chapelle du Saint-Suaire, un chef-d’œuvre baroque aux jeux d’ombres et de lumières permis par les ouvertures de sa haute coupole. En sortant de la chapelle, on peut ensuite accéder à la galleria Sabauda (galerie de Savoie), une pinacothèque exposant de nombreuses peintures piémontaises, italiennes ou flamandes, parmi lesquelles figurent notamment des tableaux de Van Eyck ou Rubens. Ce n’est pas tout : pour les amateurs d’antiquité, le Museo di Antichita sera le point final de cette longue visite, plaisir pour les yeux.

Tout comme Bologne, le centre-ville de Turin est rempli d’arcades pour que l’on puisse s’y promener sereinement par tous les temps. Elles s’étendent le long de la via Po, qui relie la place royale au fleuve. Là, les colonnes permettent aux boutiques de profiter de vitrines supplémentaires afin d’exposer leurs articles. Au bout de la rue, voilà l’imposante Piazza Vittorio Venito (du nom d’une commune de Vénétie), qui donne ensuite sur le pont Vittorio Emanuele I. C’est l’occasion de traverser le fleuve. De l’autre côté, l’église Della Gran Madre di Dio était malheureusement masquée derrière un échafaudage pour rénovations, je n’ai donc pas pu voir ce bâtiment qui rappelle le Panthéon romain. Cependant, quelques minutes de grimpette assez marquée permettent de se rendre au sommet de la colline des capucins, afin de profiter d’une vue sur le fleuve, la ville et bien sûr, les Alpes, qui s’étendent majestueusement au loin depuis l’esplanade de l’église.

Vue sur la ville depuis la colline des capucins.

Revenons dans le centre-ville historique : autour de la via Roma, l’artère la plus luxueuse de la ville qui part, elle aussi, de la place royale en direction de la gare principale, nous découvrons aussi les nombreuses pasticcerie (pâtisseries-salons de thé) de la ville. Turin est une ville gourmande, la capitale italienne du chocolat et du café. Les becs sucrés auront bien du mal à ne pas succomber. Moi, je n’ai guère résisté.
Parmi les spécialités locales, le bicerin. Cette boisson chaude mélange expresso, chocolat chaud et crème, servie dans un verre. J’ai beau ne pas être amateur de café, j’ai apprécié la découvrir. Je suis d’ailleurs allé l’essayer également dans son lieu de création : le Caffé Al Bicerin, dans le Quadrilatero Romano, où la boisson a été créée au XVIIIe siècle. Le café se situe sur une mignonne placette à côté d’une belle église, le Sanctuaire de la Consolata.

Si savourer des gourmandes est un plaisir, prendre le vert est tout aussi agréable. Je le disais plus haut, la nature semble faire partie de la vie turinoise, comment en serait-il autrement quand les flancs des Alpes la surplombent constamment et qu’il suffit de traverser le fleuve pour aller se promener dans les collines ? Mais la ville en elle-même n’est pas en reste. Le parc du Valentino est le principal espace vert du centre. Avec ses 50 hectares, je n’ai pu en traverser qu’une courte partie. Là-bas, on y trouve le château du Valentino, un petit jardin botanique ou encore, à l’opposé du centre, le bourg médiéval, construction datant de l’exposition italienne générale de 1884. Je n’aurais de toute façon pas pu le voir, car il est actuellement en travaux. D’après mon guide, sa réouverture devrait avoir lieu en juin. En revanche, ce que j’ai pu voir, ce sont les dizaines de personnes venues se réunir avec leurs chiens à l’occasion du dimanche matin. Les Turinois semblent adorer les toutous, ce qui n’a rien d’étonnant dans une cité où la nature tient une telle place. D’ailleurs, saviez-vous que l’espace vert urbain le plus grand d’Italie se situait aussi à Turin ? Il s’agit du Parco Pubblico Pellerina, au nord-ouest de la ville, zone où je ne suis pas du tout allé.

Le Pô, depuis le parco del Valentino.

Je tourne autour du Pô (haha) depuis tout à l’heure, mais il est enfin temps d’évoquer la flèche au centre de la pièce. Comment ne pas parler de la Mole Antonelliana ? Cet impressionnant édifice de maçonnerie de 167 mètres de hauteur a été le plus haut d’Europe pendant plusieurs années. Initialement, il devait servir de lieu de culte pour la communauté juive de la ville, mais, face à l’ambition démesurée de son architecte, le bâtiment a finalement été vendu à la ville. Depuis, il en est devenu l’emblème, et est désormais le siège du musée national du cinéma, le plus fréquenté de la ville. L’Italie figure bien sûr parmi les grands pays de cinéma, que ce soit à travers la Cinecittà à Rome, ou bien le festival de la Mostra de Venise. Pourtant, Turin fait aussi partie de l’histoire cinématographique du pays, plusieurs grands films y ont en effet été tournés au début du XXe siècle. D’ailleurs, dans la salle principale du musée, où sont projetés de nombreux extraits de film, on peut retrouver l’impressionnante statue du dieu Moloch, décor d’un de ces premiers péplums.
La visite de la Mole, en plus de permettre de découvrir les origines du cinéma, ou encore une belle collection d’affiches, est aussi l’occasion de prendre l’ascenseur panoramique qui traverse le bâtiment de part en part afin de découvrir l’ampleur du dôme, avant de nous permettre d’accéder à la terrasse située à 83 mètres de hauteur. Se serrer dans ce petit cube de verre en vaut la peine, pour profiter au sommet d’une vue à couper le souffle sur toute la ville, les Alpes, et les collines. En plus de voir les principales artères et les bâtiments historiques, de l’autre côté du fleuve, un autre palais situé dans les collines devient visible : la Villa della Regina, construite au début du XVIIe siècle, l’un des lieux de villégiature de la maison Savoie. Je n’ai malheureusement pas eu le temps d’aller la visiter.

Une bonne raison sans doute de retourner un jour à Turin. La ville a en effet beaucoup à offrir : en plus de ses nombreux palais urbains et dans les alentours, un train à crémaillère permet de se rendre à la basilique de Superga. Les anciens quartiers industriels, où se situaient les usines Fiat ou Michelin, ont fait l’objet de vastes projets de rénovation, et ont ainsi été revitalisés. Les musées de la ville sont nombreux, des plus grands, comme le musée égyptien, l’un des plus réputés en la matière, ou du Risorgimento, dédié à la période d’unification du pays, aux plus intimes et parfois étonnants, comme le musée des fruits ou d’anthropologie criminelle, du côté du Valentino. Sans oublier le musée Lavazza, bien évidemment dédié au plus célèbre des cafés italiens, lui aussi turinois.

Assurément, Turin est une ville riche, aux nombreuses facettes, susceptible de plaire à une grande variété de public. Ce week-end aura été une belle découverte. Je l’évoquais plus haut, cette visite m’a donné envie d’y retourner à l’occasion plus découvrir la région turinoise. J’adore parcourir l’Italie, mais toutes les villes que je visite ne me font pas nécessairement cet effet, comme sa voisine Milan, à laquelle j’avais dédié un article voilà quelques années. Assurément, Turin et ses alentours ont bien plus à offrir pour qu’un simple week-end suffise à leur rendre hommage.

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