Si je vous dis Normandie, à quoi pensez-vous en premier ? Sans doute aux vaches, aux pommiers, à l’herbe verte, et aux débarquements alliés. Peut-être aux vikings ? Moi, je pense aussi à Guillaume le Conquérant, en tant que joueur de Crusader Kings III qui se respecte. Pour rappel, en 1066, le duc Guillaume devenait roi d’Angleterre après la bataille d’Hastings. Mais avant cet événement qui marque définitivement l’histoire de deux nations, le fief de son duché était à Caen. Là-bas s’élève d’ailleurs un château, fondé par notre fameux duc. Pourquoi vous raconte-je cela ? Voilà quelques jours, j’ai enfin eu l’occasion d’aller visiter l’ancienne capitale de la Basse Normandie.
Après deux heures de voyage en train depuis la gare parisienne Saint-Lazare, me voici arrivé à Caen. Après avoir traversé l’Orne, il suffit d’aller toujours tout droit, direction le centre de la ville. Au bout d’une quinzaine de minutes de marche le long d’une avenue longée d’immeuble de construction plutôt récente, voilà le château qui se dresse. Une fois mes affaires posées à l’hôtel, ce fut d’ailleurs ma première visite. Bonne surprise : l’accès à l’enceinte du château est gratuit ! Après avoir pris un peu de hauteur, se révèle alors une vaste esplanade fort agréable, entourée de remparts et de bâtiments historiques. Le donjon principal, en ruines, ne peut être visité ; en revanche, impossible de ne pas vouloir grimper sur les remparts, pour avoir une vue plongeante sur ces ruines, mais aussi sur la ville, et ses nombreux clochers. J’aime grimper au sommet des bâtiments et voir les zones urbaines de haut, surtout depuis le centre, j’étais donc servi. Je n’étais d’ailleurs pas le seul amateur, puisque plusieurs autres touristes faisaient de même, malgré le soleil harassant de cette chaude journée de fin avril.
Le château, en plus de présenter cet agréable parc dans un écrin prestigieux et son enceinte, niche également le musée des Beaux-Arts de la ville, ainsi que le musée de la Normandie. Un billet couplé permet l’accès aux deux pour seulement dix euros, une belle occasion. Sans forcément présenter des chefs d’œuvres célèbres, la visite du premier musée est intéressante pour les amateurs d’art, présentant notamment plusieurs toiles de la Renaissance italienne, de l’école flamande ou encore impressionnistes, Normandie oblige. La visite est peut-être plus dispensable pour ceux moins portés sur la peinture. De son côté, le musée de Normandie, dans l’ancien manoir du roi, présente, comme son nom le laisse deviner, des collections présentant l’histoire de la région depuis la préhistoire ainsi que les coutumes et industries du pays jusqu’au 20e siècle. Y sont évoqués aussi bien la région gallo-romaine que les fermes normandes, la production de cidre, la métallurgie, les broderies de soie ou les traditions catholiques. Cela permet de mieux appréhender l’histoire et la culture locales.
Après trois longues heures passées dans le château, il est temps d’aller découvrir l’un des autres monuments les plus célèbres de la ville, plus à l’est : l’abbaye aux Dames, après un rapide passage par le Vaugueux, faubourg il y a fort longtemps mal famé de la ville, désormais petit quartier historique aux maisons médiévales typiques de la région, rempli de restaurants et bars, où l’on imagine facilement les touristes s’installer le midi et les Caennais venir prendre un verre le soir. Après un peu de grimpette, voici enfin l’abbaye. Voici aussi l’occasion de vous parler de l’autre star de la ville, peut-être plus que Guillaume : Mathilde de Flandres, sa femme. Pendant que monsieur partait à la conquête de l’île anglo-saxonne, puis la gouvernait, Mathilde assurait la régence du duché normand, avec une grande piété. Elle aura manifestement laissé un vif souvenir, et ce, pour plusieurs siècles. L’abbaye aux Dames donc, et son pendant plus à l’ouest de la ville, l’abbaye aux Hommes, furent construits par les époux en expiation d’un mariage entre membres d’une même famille. Car oui, Guigui et Mama étaient de lointains cousins, ce qui n’était pas du meilleur goût du Pape. L’Église exigea donc des époux l’édification de ces deux monastères.
Il était trop tard à mon arrivée pour visiter l’enceinte du monastère, dommage. Ce n’est pas grave, je commence par une rapide visite de l’église abbatiale (où se trouve le tombeau de Mathilde), dont la façade de style roman constitue l’une des icones architecturales de la ville. Puis, derrière l’abbaye, se révèle le calme parc à la française Michel-d’Ornano, dans lequel se situe une petite butte ornée à son sommet d’un majestueux cèdre planté en 1849. Là-haut, ce fut l’occasion de s’asseoir quelques minutes sur un banc afin de profiter d’un nouveau point de vue sur l’abbaye et le centre-ville.
Mais déjà la fin de cet après-midi arrivait. J’avais fort envie de goûter à la teurgoule, l’une des spécialités caennaise : une variante du riz au lait préparé avec de la cannelle. Après une rapide recherche sur Internet, je lis qu’une crêperie aux bonnes critiques, Le Grenier à Crêpes, en offrait une en dessert. Très bien, j’avais également envie d’une crêpe, allons-y ! Finalement, point de teurgoule ; l’offre avait peut-être cessé. Peu importe, car j’ai pu profiter d’un excellent dîner (bolée de cidre, galette aux pommes, camembert, jambon et crème puis une crêpe simple) pour un prix plus qu’abordable. Je recommande donc, d’autant que les tenanciers sont très sympathiques.
Le lendemain… après ce premier jour, en dehors du château et de l’abbaye aux Dames, j’avais une impression mitigée quant au centre de Caen. Pour rappel, une bonne partie de la ville avait été détruite suite aux bombardements alliés en juin 1944, je n’étais donc pas si surpris de trouver une architecture assez récente, cependant… Cette fois, mes pas m’emmenaient donc du côté ouest du centre, direction la fameuse abbaye aux Hommes. Et rapidement, mon avis de la veille changea : in fine, les jolies rues historiques du centre-ville étaient là. Notamment la sinueuse Rue Froide et ses nombreuses librairies, ainsi que la vaste et élégante Place Saint-Sauveur.
Enfin, la voilà : la majestueuse esplanade de l’abbaye aux Hommes ! Le joyau de la ville assurément. L’hôtel de ville a élu domicile dans l’ancien monastère, auquel est accolé l’église Saint-Étienne, fusion des styles roman et gothique. Cette vision de carte postale pourrait justifier à elle seule la visite de Caen, pour tout amateur d’architecture. Hop, je pénètre dans la vaste église par une petite porte du côté de l’abside, et voilà le tombeau de Guillaume le conquérant, clairement signalé par un panneau. Pour être honnête, j’ignorais que le duc y était enterré avant de mettre les pieds dans l’église, tout comme je n’ai appris que le tombeau de sa femme se situait à l’abbaye aux Dames que lors de la rédaction de cet article.
Il est temps de ressortir, et d’aller se renseigner pour visiter les bâtiments du monastère. L’accès à la visite se situe au même endroit que l’entrée de la mairie. Ne serait-ce que pour la promenade dans le cloitre, avec la vue sur le clocher de l’église, les quatre euros d’accès furent fort bien investis. Une petite exposition présente également les bombardements de la ville et comment le bâtiment, alors un lycée, servit d’hôpital de campagne afin de porter secours aux blessés.
Derrière l’abbaye se situe un petit musée gratuit appelé le Musée d’initiation à la nature, qui se présente comme le plus petit musée d’histoire naturelle de France. J’aurais bien aimé le découvrir, malheureusement, il n’était pas encore ouvert à l’heure de mon passage. Heureusement, j’avais encore d’autres objectifs pour le reste de la journée. Il est temps de s’éloigner du centre historique, direction le nord. Première étape : le jardin des plantes. Ce parc botanique est sympathique, mais fort petit. Y étant arrivé trop tôt, je n’ai pas pu visiter les petites serres. Je vous conseillerais donc, si vous êtes curieux, de vous y rendre l’après-midi.
Bon, excentrons-nous toujours plus, avec plus d’une demi-heure de marche dans une zone plus résidentielle, puis au-delà du boulevard périphérique. Ce n’était pas la promenade la plus intéressante, mais croyez-moi, cela en valait la chandelle. L’objectif ? Le magnifique espace vert de la Colline aux Oiseaux, juste à côté du Mémorial pour la Paix. Non, je n’ai pas visité le mémorial. L’histoire du 20e siècle n’est pas la période qui m’intéresse le plus. Ainsi, la Colline aux Oiseaux : il s’agit d’une ancienne décharge à ciel ouvert, où se sont accumulés les ordures de la ville pendant plusieurs décennies, au point de former deux petites collines. Suite à l’édification d’un incinérateur pour la ville, la décharge devint inutile. Il fut alors décidé de la transformer en jardin public. D’où vient le nom poétique du lieu ? L’anecdote est cocasse : il fait référence aux nombreux oiseaux qui tournoyaient au-dessus de la montagne de déchet. Pour autant, laissez-moi vous dire que le lieu est désormais un magnifique parc, très reposant et inspirant, constitué de différents jardins thématiques ou encore d’une magnifique roseraie entourant une belle fontaine à côté d’un grand labyrinthe. La vue du haut de la colline est magnifique. Avec de bons yeux, en plus du parc en contrebas, on peut voir au loin les tours des églises du centre, déjà un peu éloigné.
Caen est plutôt bien desservie en termes de transports en commun : en plus de trois lignes de tramways, de nombreuses lignes de bus desservent toute l’aire urbaine. Un ticket pour un trajet d’une heure ne coûte d’ailleurs que 1 euro 60, et il est même possible d’en obtenir un d’un simple envoi d’un SMS, pratique. Grâce à la ligne de bus 12 express, suite à mon retour au centre-ville, j’ai pu me rendre à Ouistreham, sur la côte, à une quinzaine de kilomètre de la préfecture du Calvados. Je ne suis pas forcément très porté sur la plage, mais il aurait été dommage d’être aussi proche de la mer, et de ne pas aller la voir. Ouistreham est effectivement la bourgade où les Caennais et les touristes se rendent de manière privilégiée quand une envie de parasol et de châteaux de sable les prend. D’ailleurs, les bus étaient bien remplis. Il faut dire qu’il faisait 26 degrés ce mercredi après-midi-là. Je n’ai pas eu de coup de cœur particulier pour la plage – je n’étais pas très bien équipé pour en profiter, je dois bien l’avouer –, mais il aurait été dommage de ne pas vous mentionner cet à-côté. D’autant plus que, par ailleurs, les amateurs peuvent également y visiter le musée du Mur de l’Atlantique. Si l’un d’entre vous y passe, qu’il n’hésite pas à me dire ce qu’il en aura pensé. Pour ma part, je n’y suis pas allé.
Après quelques instants à me reposer sur la plage, retour à Caen ! J’avais repéré dans le centre juste à côté de mon hôtel une épicerie fine et un fromager. L’occasion de ramener quelques gourmandises à la maison : je trouve enfin mon petit pot de teurgoule, et je réussis à transporter sans encombre un délicieux livarot (ce fromage cousin du camembert). Quelle merveilleuse idée a eu cette région de se spécialiser dans l’élevage de vaches ! L’amateur de produits laitiers que je suis ne peut que s’en réjouir. Merci Normandie pour tes vaches laitières et tes pommes : grâce à ces produits, nous pouvons nous régaler !
Sur ces paroles pleines d’appétit s’achève ce petit carnet de voyage à la découverte de la capitale des Ducs de Normandie. Cela faisait plusieurs années que je n’avais plus pris ma plume virtuelle pour vous relater l’un de mes voyages, j’en ai pourtant fait beaucoup. J’essaierai de le refaire plus souvent : j’aime l’idée de laisser une trace écrite, afin que mes proches ou des inconnus, au détour de la grande toile, puisse découvrir de nouveaux lieux à travers mes yeux, et qui sait ? peut-être avoir eux aussi envie de s’y rendre plus tard.
Bons voyages à tous !
























