Dorfromantik : de beaux tapis de tuiles

Que cherche-t-on dans un jeu vidéo ? À se challenger ? À passer le temps ? À suivre une histoire ? De nos jours, il y en a assurément pour tous les goûts. Voilà maintenant plusieurs années, j’avais rédigé mon premier article au sujet des jeux de société à propos de Carcassonne, l’un des titres qui a assurément marqué ma vie de joueur. Il était donc plus que temps que je griffonne quelques mots au sujet d’un jeu vidéo qui s’en est très largement inspiré : Dorfromantik.

Conçu originellement comme un simple projet étudiant par la petite équipe de développement allemande Toukana Interactive, ce titre très apaisant invite à former un paysage de tuiles hexagonales constituées d’un mélange de différents environnements : en sus des près, qui servent de « fond », vous pourrez ainsi former de longues zones de forêts, champs et bourgs, mais aussi, des maillages de voies ferrées plus ou moins tortueux et de sinueux réseaux de rivières et lacs. L’objectif premier de tout cela est d’atteindre le plus haut score possible, dans un long parcours d’endurance avant l’épuisement de vos ressources en tuiles. Ces dernières peuvent virtuellement se renouveler indéfiniment tant que vous parviendrez à en renouveler le stock. En somme, Dorfromantik est une sorte de Carcassonne solitaire très chill. Si ce jeu de puzzle arcade vous invite en premier lieu à battre des records de points, la réalisation dégage une ambiance on ne peut plus reposante, notamment grâce à sa musique, constituée de quelques notes et très apaisante. Vous n’aurez aucune pression, prenez tout le temps qu’il vous faudra pour jouer autant que vous voulez à votre rythme. Vous pouvez quitter votre partie à tout moment pour la reprendre plus tard ; votre paysage vous reviendra exactement comme vous l’aviez laissé la fois précédente. Si le cœur vous en dit, vous pouvez même mener plusieurs parties en parallèle.

Mais alors, quoi ? Dorfromantik ne présente donc aucun enjeu ? Poser des tuiles, et c’est marre ? Effectivement, pour peu que vous jouiez uniquement en mode créatif – les développeurs proposent d’ailleurs des défis mensuels en ce sens sur Steam. En revanche, dans le mode classique, il en ira autrement. Le jeu propose des règles et des objectifs bien précis pour multiplier vos nombres de points et permettre de renouveler le stock de tuiles. D’ailleurs, en ignorant ces objectifs, vous en finirez bien vite à cours. Ainsi, certaines tuiles vous inviteront à créer une zone contenant un certain nombre d’éléments – arbres, champs, maisons, tuiles de rivières ou de voie ferrée –, de manière ouverte (il sera alors possible de dépasser le nombre minimum requis) ou fermé (dépassez le nombre exact demandé par le panonceau et l’objectif sera tout bonnement annulé). Il s’agit du premier moyen d’obtenir de nouvelles tuiles, tout en augmentant votre score. Cela incite naturellement le joueur à créer de grandes nappes des différents types, dans une expansion qui pourrait sembler éternelle s’il n’existait pas une deuxième catégorie d’objectifs allant plutôt à l’encontre du premier : la fermeture de zones. Lorsque des drapeaux commencent à s’afficher au-dessus de l’une d’entre elles, cela signifie que vous êtes conviés à la fermer totalement. Si cela peut paraître bien plus facile que de s’évertuer à agrandir toujours, ce serait ignorer une partie importante du système de marquage de points, que j’ai laissé de côté jusque-là.

Comment gagner des points dans Dorfromantik en dehors de l’accomplissement des objectifs ? En faisant de jolies connexions entre les tuiles ! Chaque côté correctement relié, c’est-à-dire correspondant au même paysage que le/les hexagones voisin(e)s déjà en place rapporte 10 points. Autrement dit, faire coïncider parfaitement le paysage d’une nouvelle tuile avec le bord de 3 autres déjà posées rapportera 30 points d’un coup. Cela signifie qu’une tuile parfaitement placée peut rapporter 60 points d’un coup, pas mal. Mais ce n’est pas fini, car voici le deuxième effet Kiss Cool : lorsqu’une tuile déjà placée est ensuite parfaitement connectée avec toutes ses voisines, vous obtenez 60 points supplémentaires, ainsi qu’une tuile bonus en récompense. Le placement parfait constitue indéniablement le Graal du jeu, d’ailleurs récompensé d’une animation et d’un son fort plaisant idoine. Les développeurs nous incitent ainsi naturellement à essayer de viser le placement idéal le plus souvent possible. Pourtant, ce ne sera pas toujours possible, car il faudra toujours tâcher de remplir des objectifs, afin de renouveler son stock de tuiles pour éviter la pénurie. Ainsi, Dorfromantik offre une boucle de jeu rapidement comprise, parfaitement huilée, mais aussi d’une redoutable efficacité, le tout, sans mettre une lourde pression sur le joueur. Chapeau !

Je ne vous ai d’ailleurs même pas encore parlé des objectifs à longs termes, comme atteindre des scores toujours plus élevés ou réaliser des zones toujours plus grandes, afin de débloquer des déclinaisons de tuiles existantes ou des nouveaux biomes. Encore dans cette idée d’inciter le joueur à jouer sur la durée, des tuiles grisées apparaîtront un peu à l’écart de votre paysage. Si vous parvenez à les connecter correctement et remplir l’objectif (souvent exigeant) qu’elles vous demandent, vous obtiendrez alors une nouvelle variante de tuile pour vos prochaines parties. Ces variantes ajoutent par exemple des animaux comme des castors sur les rivières ou des sangliers dans la forêt.

Dorfromantik est un titre étonnant. De prime abord, il semble fort simple, et en effet, sa mécanique l’est. Pour autant, réaliser un bon score ne sera pas simpliste. Assez rapidement, les joueurs découvrent d’eux-mêmes différents réflexes et tactiques à mettre en place afin de réaliser des placements de tuiles optimales et tenir le plus longtemps possible. Par ailleurs, comme je le notais plus haut, il est toujours possible d’interrompre une partie à tout moment, pour la reprendre plus tard. Vous pouvez aussi bien vous lancer dans une session de cinq minutes ou de trois heures. Tous ces éléments, couplés à son ambiance sonore très relaxante et ses agréables couleurs pastel font de ce jeu un summum de la détente. Vous voulez jouer sans pression ? Hop, une bonne session ! Vous n’avez que cinq minutes et avez envie de jouer ? Aller, avancez un peu sur votre partie ! Besoin de vous reposer ? Vous avez saisi la musique ! Le titre est sorti il y a plusieurs années, et j’y reviens toujours périodiquement, pour des sessions plus ou moins longues. Au fil des mises à jour, la petite équipe de développement à par ailleurs ajouté de nouveaux modes de jeu, comme le mode rapide ou le mode difficile, de quoi varier toujours plus les plaisirs.

Enfin, comment ne pas évoquer le joli destin de ce qu’il convient désormais d’appeler une licence ? Grâce à son succès, le petit jeu vidéo indépendant a fini par donner naissance à un jeu de société de placement de tuiles coopératif. Le titre vidéoludique, clairement inspiré des jeux sur table, a ainsi donné naissance à une version physique récompensée du Spiel des Jahres, le plus grand prix ludique en Allemagne. L’aventure ne s’est d’ailleurs pas arrêtée là, puisque après un premier petit frère proposant une confrontation à deux joueurs, Dorfromantik Duel, une troisième version sur table a également vu le jour récemment : Dorfromantik Sakura. Cette dernière apporte un nouveau biome japonisant (aussi présent dans le jeu vidéo), ainsi que des possibilités supplémentaires. In fine, l’adaptation jeu de société est sûrement devenue plus célèbre que son pendant vidéoludique originel ! Pour en revenir à vos écrans, si les jeux vidéo de puzzle chill sont votre genre, ou si vous tirez satisfaction d’un certain sens de l’esthétique, je ne peux que vous inviter à l’essayer, que ce soit sur Windows ou sur Nintendo Switch.

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