En cette rentrée culturelle, le musée d’Orsay, l’un des plus fréquentés de Paris, propose une nouvelle grande exposition. Jusqu’au 19 janvier 2025, vous pourrez découvrir Caillebotte – Peindre les hommes. Gustave Caillebotte (1848-1894), bien que peut-être moins connu que certains de ses contemporains, a joué un rôle majeur dans l’art de la fin du XIXe siècle. Non seulement, il a peint le Paris haussmannien de son époque, mais il fut aussi un mécène et un organisateur de l’impressionnisme, mouvement qui continue d’enchanter un public mondial. Ainsi, plusieurs œuvres présentées dans cette exposition sont habituellement exposées dans des musées états-uniens.
L’exposition ne se contente pas de retracer la vie d’un dandy parisien, proche de ses frères, bourgeois grâce aux rentes paternelles ; elle offre surtout l’occasion de contempler ses œuvres majeures.
Caillebotte est sans doute le peintre du Paris de son temps, qu’il sublime par de nouvelles perspectives, que ce soit depuis les balcons de son appartement ou sur les ponts ferroviaires du quartier Saint-Lazare. Pour l’anecdote, Rue de Paris, temps de pluie (1877) fut mon fond d’écran pendant longtemps. Voir cette toile grandeur nature m’a procuré une émotion particulière, d’autant qu’il s’agit de sa plus grande œuvre.

Son chef-d’œuvre, Les Raboteurs de parquet (1875), figure bien évidemment dans l’exposition permanente du musée. Cependant, voir cette toile si moderne entourée de ses esquisses et croquis préparatoires, lui donne encore plus de relief. Depuis l’enfance, ce tableau me fascine, que ce soit par l’expressivité des corps, le sujet original ou encore la lumière subtile se reflétant sur le parquet. Il était amusant de découvrir que, si Caillebotte n’était pas lui-même un artiste impressionniste, ces tableaux préparatoires étaient beaucoup plus proches de ce mouvement pictural.

L’exposition met également en lumière d’autres facettes de l’œuvre de Caillebotte. Ses nombreux portraits de ses amis mondains, non-mariés et sans enfants comme lui, dévoilent la mode de l’époque : de longs vêtements noirs, confortables, gabardines et redingotes. Le musée Galliera a d’ailleurs prêté quelques pièces pour enrichir l’exposition.
Dans le dernier tiers du parcours, on découvre la passion de Caillebotte pour les sports nautiques. Régatier et architecte naval, il fut un important membre du Cercle de la voile de Paris. Plusieurs toiles aux éclatants verts et bleus traduisent cet intérêt, offrant un important contraste avec les teintes plus grises et ternes de ses peintures parisiennes. Enfin, la dernière salle nous présente des œuvres de la fin de sa vie, alors qu’il s’était installé à Gennevilliers. Son amour pour la voile et le jardinage, son autre passion, y est très nettement visible.

Issu de l’École des Beaux-Arts, Caillebotte maîtrisait les techniques classiques, comme en témoignent ses croquis. Il y dépeint l’essence des travailleurs parisiens avec une étonnante vitalité. Je pense notamment à ce peintre en bâtiment, si expressif, penché sur son échelle, qui m’a immédiatement fait penser à un Buster Keaton avant l’heure.

Certains pourraient reprocher à Caillebotte de ne pas s’être soucié de la condition des plus modestes dans ses œuvres. Pourtant, il savait mettre en valeur ses personnages, sans jugement, comme le montre Les Raboteurs de parquet. Cette exposition, qui célèbre la vie et l’œuvre d’un homme socialement avantagé mais néanmoins talentueux, m’a permis de redécouvrir ses plus grands chefs-d’œuvre. Elle a rendu Gustave Caillebotte encore plus sympathique à mes yeux.
Bien que l’artiste soit déjà reconnu, je me réjouis qu’Orsay lui rende hommage aujourd’hui. J’espère que cette exposition accroîtra encore sa notoriété. Dans tous les cas, une visite au musée d’Orsay reste une valeur sûre. La réussite architecturale de transformation de cette ancienne gare, transformée en musée, demeure une réussite, presque quarante ans après sa création. Sa nef impressionnante et ses vues sur Paris depuis les horloges du cinquième étage, au côté de tant de chefs-d’œuvre impressionnistes et néo-impressionnistes, restent toujours magiques.

P.S. : l’exposition n’aborde guère la partie mécénat de Caillebotte. Pour en savoir plus, rendez-vous au cinquième étage, parmi les salles dédiées aux impressionnistes. Une zone réunit toutes les œuvres léguées par Gustave, et apporte plus d’informations sur le sujet.
P.S. 2 : saviez-vous que la caillebotte était le nom d’un lait caillé ?
